Centrales solaires : comment prévenir les risques liés aux incendies ?
L’augmentation enregistrée des incendies de forêt, conjuguée à l’essor des projets d’énergie solaire, pose de nouveaux défis en matière de protection des centrales de production d’électricité à partir de sources renouvelables, notamment dans les zones proches des espaces forestiers. La prévention de la propagation des flammes aux installations photovoltaïques devient ainsi une composante essentielle des exigences liées à leur exploitation.
Selon un rapport de la plateforme spécialisée TAQA, les mesures de protection comprennent notamment la réduction de la végétation inflammable autour des centrales, l’aménagement de voies permettant l’accès des équipes d’intervention, ainsi que la mise à disposition d’équipements dédiés à la lutte contre les incendies et la coordination préalable avec les autorités locales et les services de la Protection civile.
L’importance de ces mesures s’accroît avec la multiplication des incendies de forêt ces dernières années dans plusieurs pays européens, ainsi que dans certains pays arabes, dont l’Algérie, parallèlement à la hausse des vagues de chaleur et des périodes de sécheresse, liées en partie aux effets du changement climatique.
Réduction de la végétation autour des centrales
Le rapport souligne que l’expérience française constitue l’un des modèles adoptés pour faire face à ce type de risques. Dans plusieurs régions, la législation relative à la lutte contre les incendies de forêt impose aux propriétaires et exploitants de terrains de réduire la végétation et les matériaux susceptibles d’alimenter les flammes.
Ces opérations ne consistent pas à supprimer systématiquement les arbres et la végétation. Elles visent plutôt à réduire la densité des matières inflammables et à créer des espaces permettant de ralentir la propagation des incendies et d’en limiter l’intensité.
Pour les centrales solaires, maintenir une faible densité de végétation à l’intérieur du site constitue l’une des mesures préventives les plus simples. Des dispositions supplémentaires peuvent également être imposées aux grandes centrales ou à celles situées à proximité des zones forestières, notamment la création de fossés ou de coupures destinés à limiter la propagation des flammes.
Certaines installations doivent également disposer de voies réservées aux équipes d’urgence tout le long de la clôture qui les entoure, afin de garantir l’accès des véhicules et du matériel de lutte contre les incendies en cas de départ de feu.
Dans certains cas, les mesures prévoient l’entretien d’une zone périphérique pouvant s’étendre sur plusieurs dizaines de mètres au-delà de la clôture. Cette exigence peut contraindre les exploitants à se coordonner avec les propriétaires des terrains voisins lorsque ces espaces ne sont pas couverts par les contrats d’exploitation de la centrale.
Défis liés à l’entretien et à la coordination
Les difficultés de prévention ne se limitent pas à l’aspect technique. Les exigences de lutte contre les incendies peuvent entrer en conflit avec les réglementations relatives à la protection de l’environnement et des espèces végétales et animales, ainsi qu’avec les obligations en matière de compensation environnementale. La coordination avec les autorités locales est donc indispensable avant toute opération de débroussaillage.
Le choix du moment des travaux d’entretien constitue également un facteur déterminant. Leur réalisation trop tôt peut permettre à la végétation de repousser avant la saison des incendies, tandis qu’un retard risque de ne pas permettre l’achèvement des mesures préventives avant la hausse du risque d’incendie.
Le rapport révèle que ces opérations sont encore plus complexes lorsque les centrales sont implantées dans des zones montagneuses ou au cœur d’espaces forestiers. Le coût d’accès et d’entretien des zones environnantes y est plus élevé, tout comme le besoin de faire appel à des prestataires spécialisés capables d’effectuer les travaux au moment opportun.
Réservoirs d’eau et voies d’urgence
Le même rapport indique que les exploitants peuvent mettre en place des équipements supplémentaires afin de renforcer la capacité des centrales à faire face aux incendies, notamment des réservoirs d’eau et des plans d’intervention coordonnés avec les équipes locales de lutte contre les incendies.
L’emplacement des réservoirs d’eau revêt une importance particulière. Il est préférable qu’ils soient accessibles depuis l’extérieur de la clôture entourant la centrale, afin de permettre aux équipes d’urgence d’y accéder rapidement sans perdre de temps à ouvrir les portails ou à pénétrer dans l’installation.
Il est également nécessaire d’informer à l’avance les équipes d’intervention de l’emplacement des équipements et de la nature de l’installation, notamment parce que les incendies touchant les centrales photovoltaïques peuvent nécessiter des connaissances spécifiques concernant les composants électriques et les procédures de sécurisation du site pendant l’intervention.
Après les opérations de débroussaillage et d’élimination de la végétation inflammable, les déchets issus de ces travaux doivent également être évacués et ne pas être laissés à l’intérieur ou à proximité de la centrale, afin qu’ils ne deviennent pas une source supplémentaire d’alimentation du feu.
Parmi les solutions utilisées sur certains sites figure le recours à des moutons pour contribuer au contrôle de la croissance des herbes et de la végétation. Cette méthode permet de réduire le recours à des opérations de débroussaillage répétées et de limiter l’accumulation de matières inflammables.
Le défi de la protection des projets solaires
Ces mesures revêtent une importance particulière pour l’Algérie, alors que le pays poursuit le développement de ses projets d’énergie solaire et accroît son recours aux sources d’énergie renouvelables, parallèlement à l’exposition de vastes régions du pays aux incendies de forêt durant les périodes de fortes chaleurs.
Cela signifie que la planification des centrales solaires, notamment celles situées à proximité des forêts et dans des zones à haut risque, ne doit pas se limiter au choix du site, à l’installation des panneaux et des équipements de production. Elle doit également intégrer les risques d’incendie dès les phases de conception, d’exploitation et de maintenance.
Avec la persistance attendue des pressions climatiques et l’augmentation du risque de vagues de chaleur et de sécheresse dans plusieurs régions, la prévention des incendies de forêt devient un élément à part entière de la gestion des risques auxquels sont confrontés les projets solaires, que ce soit par la gestion de la végétation, l’aménagement de voies d’intervention, la mise à disposition de moyens de lutte contre les incendies ou la coordination avec les services d’urgence.