Kafra au Niger : 50 % du projet, quels bénéfices pour l’Algérie ?
L’Algérie franchit une nouvelle étape dans le développement du projet pétrolier de Kafra, dans le nord du Niger, avec le lancement par Sonatrach du forage d’un nouveau puits d’exploration. L’objectif est d’affiner l’évaluation du potentiel pétrolier du bloc et de préparer progressivement le passage de l’exploration au développement et à la production.
Le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb a présidé jeudi, aux côtés de son homologue nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine, le lancement officiel des travaux de forage du puits d’exploration « Kafra Sud-Est 1 », sur instruction du président algérien Abdelmadjid Tebboune.
L’enjeu du projet pour l’Algérie tient notamment à sa participation de 50 % dans le bloc de Kafra, les 50 % restants revenant à la société nationale nigérienne des hydrocarbures Sonidep, selon la plateforme spécialisée Attaqa Platform.
Ce partenariat repose sur des accords de partage de production entre les deux pays, alors qu’Alger mise sur l’expertise de Sonatrach pour développer l’activité pétrolière dans une zone située à proximité de sa frontière sud.
568 millions de barils issus des précédentes découvertes
Le nouveau forage intervient après deux découvertes pétrolières réalisées par Sonatrach dans le bloc de Kafra en 2018 et 2019, pour des réserves cumulées dépassant 568 millions de barils, selon la base de données de la plateforme Attaqa Platform.
La première découverte remonte au puits KFR-1, qui avait révélé en 2018 des ressources de pétrole lourd, avec un volume de réserves prouvées et probables estimé à 168 millions de barils.
En 2019, les travaux réalisés sur le puits KFRN-1 ont permis de mettre au jour des réserves estimées à 400 millions de barils de pétrole très riche en paraffine, dont environ 100 millions de barils de réserves récupérables.
Le nouveau puits « Kafra Sud-Est 1 » vise à approfondir les connaissances sur les ressources pétrolières de la zone, en vue de prendre des décisions concernant le développement du champ et son éventuel passage à la production.
Comment l’Algérie détient-elle 50 % du projet ?
La présence algérienne à Kafra remonte à 2005, lorsque Sonatrach avait obtenu une licence d’exploration dans la zone.
En 2015, l’Algérie et le Niger ont conclu un contrat de partage de production à parts égales, avant que Sonatrach ne renouvelle son partenariat avec Sonidep à travers un nouvel accord de partage de production signé en février 2022.
Le bloc de Kafra couvre une superficie de 23 737 km², à proximité de la zone de Tafassasset, côté algérien, où Sonatrach mène également des activités.
La modification de l’accord de partage de production signé en août 2015 visait à améliorer l’évaluation des réserves d’hydrocarbures du bloc, à la lumière des résultats des opérations d’exploration et des découvertes réalisées dans la région.
En 2018, le Conseil des ministres nigérien avait approuvé la modification de l’accord afin de permettre l’évaluation des réserves et la détermination des volumes supplémentaires à découvrir avant la mise en production des puits de la zone.
Un forage à près de 3 900 mètres
Sonatrach prévoit de forer le nouveau puits jusqu’à une profondeur d’environ 3 900 mètres, à l’aide de la plateforme ENF-13 de l’Entreprise nationale de forage (ENAFOR), dotée d’une puissance de 2 000 chevaux.
L’opération illustre également l’ampleur des moyens logistiques mobilisés par l’Algérie. La plateforme de forage, ses équipements, l’atelier ainsi que la base-vie ont été acheminés depuis Hassi Messaoud sur plus de 2 000 kilomètres jusqu’au site du projet au Niger.
Cette opération a été menée dans des conditions climatiques difficiles, avec des contraintes liées au relief et aux longues distances, illustrant les défis associés aux investissements pétroliers dans cette zone frontalière.
Située dans la région d’Agadez, dans le nord du Niger, Kafra se trouve à environ 85 kilomètres de la frontière sud de l’Algérie, ce qui confère au projet une dimension stratégique supplémentaire dans la coopération économique et énergétique entre les deux pays.
De l’exploration à la production
Pour l’Algérie, les enjeux de Kafra dépassent le seul résultat du nouveau forage. L’objectif à terme est de transformer les découvertes réalisées en un projet de production effectif, à condition que les travaux confirment la présence de ressources commercialement exploitables.
Le Niger espère que ces découvertes contribueront à augmenter sa production pétrolière d’environ 90 000 barils par jour, portant la production nationale totale à près de 110 000 barils par jour.
Pour l’Algérie, le développement de Kafra offre à Sonatrach une opportunité de renforcer sa présence dans la chaîne de valeur pétrolière à l’étranger, en s’appuyant sur son expérience dans l’exploration, le forage et le développement des champs.
Sonatrach élargit son partenariat avec le Niger
La coopération algéro-nigérienne dans le secteur des hydrocarbures ne se limite pas à Kafra. Elle couvre également la recherche, l’exploration, le développement et la production, ainsi que les services de forage, le raffinage, la pétrochimie, la distribution et la commercialisation des produits pétroliers, la formation, le transfert de technologie et le renforcement des capacités.
Le Premier ministre algérien a souligné que Sonatrach accompagne Sonidep dans la commercialisation du pétrole brut et contribue au renforcement des compétences de ses cadres ainsi que de leurs capacités de négociation et de valorisation des ressources pétrolières.
Le projet de Kafra s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de la coopération économique et énergétique entre l’Algérie et le Niger, après l’inauguration d’une centrale électrique à Niamey et la mise en œuvre des conclusions de la deuxième session de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne, tenue les 23 et 24 mars 2026 à Niamey.
Selon les déclarations du Premier ministre, l’Algérie entend poursuivre l’évaluation de nouveaux blocs pétroliers au Niger, notamment le bloc de Bilma, tout en participant aux opérations de grande maintenance de la raffinerie de Zinder.
Le Transsaharien gazier, autre axe stratégique
Sifi Ghrieb a également souligné que le projet de gazoduc transsaharien, désormais entré dans sa phase de réalisation, constitue un axe stratégique de la coopération algéro-nigérienne et un maillon essentiel de l’intégration économique africaine.
La coopération entre les deux pays s’étend également aux infrastructures, à la santé, à la formation professionnelle, à l’enseignement supérieur, à la numérisation, au commerce, aux transports et aux finances, avec pour objectif de passer des accords à la réalisation concrète de projets structurants.
Le Premier ministre a par ailleurs insisté sur l’importance stratégique de Kafra, située à proximité de la frontière algérienne et au carrefour de l’Afrique du Nord, de l’Ouest et du Centre. Il a estimé que le développement des zones frontalières et leur transformation en espaces de coopération et de développement constituent un levier pour renforcer la sécurité et la stabilité au Sahel et soutenir l’intégration économique africaine.
Kafra s’impose ainsi progressivement comme l’un des principaux pôles de la coopération énergétique entre l’Algérie et le Niger. Avec une participation de 50 %, Sonatrach mise sur les résultats de plusieurs années d’exploration pour franchir le cap de la production et renforcer durablement la présence algérienne dans le secteur pétrolier nigérien.